Les Suisses rentrent à la maison

Drapeaux SuissesL’équipe de Suisse est parvenue à se hisser parmi les 16 meilleures équipes de la Coupe du Monde, mais à raté le saut dans les huit. De peu puisqu’il a fallu aller jusqu’aux tirs aux buts. Perdre à ce qui s’apparente généralement à une loterie peut laisser des regrets, mais d’un autre côté on n’a vraiment jamais senti les Suisses proches d’ouvrir la marque. D’ailleurs même lors de la séance des tirs aux buts ils n’en ont réussi aucun, ce qui est en quelque sorte symptomatique de ce qui s’est passé pendant la rencontre. On aurait certainement pu jouer encore des heures sans que les Helvètes ne trouvent l’ouverture.

Les Ukrainiens avaient décidé de défendre, s’en remettant probablement à Shevchenko pour marquer une des occasions qui ne manqueraient pas de lui échoir. Cela a failli marcher puisqu’il a trouvé la transversale sur une tête lors d’un coup franc en première période, puis a frôlé le poteau sur un tir d’une puissance rare en deuxième. Côté suisse, malgré une possession plus fréquente de la balle et une plus grande envie d’aller de l’avant, on ne compta quasimment aucune occasion en-dehors d’un joli coup franc de Frei sur la barre. C’est donc assez logiquement que les 120 minutes se terminèrent sur un score nul et vierge de 0 à 0.

Pour moi, la Suisse n’a que très peu de regrets à avoir. Je ne vois pas vraiment ce qu’elle aurait pu faire différemment. La défense, malgré les blessures de Senderos et Djourou, a à nouveau réalisé un sans-faute et Zuberbühler quitte la CM sans avoir pris le moindre but. Peut-être les latéraux auraient-ils dû être plus offensifs, mais ça n’est pas facile de déborder quand une défense reste toujours autant en place que celle des Ukrainiens. D’ailleurs, aucun Suisse n’a été sifflé hors-jeu pendant toute la rencontre, c’est bien un signe que soit les Ukrainiens ont joué très bas (soit les Suisses n’ont jamais attaqué). Je ne trouve pas que l’entrée de Streller pour Yakin ait amené beaucoup plus de pression sur le but de Shovkovski, je ne pense donc pas que jouer dès le départ avec deux attaquants aurait changé grand-chose.

Dommage bien sûr que les tireurs de penalty suisses aient été aussi affreusement faibles. Le scénario était pourtant idéal quand Zubi a superbement sorti le premier tir de Shevchenko. Que demander de plus comme début de séance de tirs aux buts?
Malheureusement, l’envoi catastrophique de Streller a vite redonné l’avantage psychologique aux Ukrainiens. Ah, si Köbi n’avait pas sorti Frei, peut-être que lui au moins aurait réussi à battre Shovkovski. C’est quand même un peu un gag de rater tous ses penaltys…

J’espère que l’incroyable enthousiame autour de cette jeune équipe helvétique ne va pas retomber d’un coup. C’était impressionnant de voir tous ces maillots rouges dans les rues avant puis après la rencontre.
Les joueurs auront acquis de l’expérience (je ne sais pas si c’est souvent arrivé à l’équipe de Suisse de passer par une séance de tirs au but). Les hommes de Köbi Kuhn et Michel Pont ont superbement négocié la phase de poule, réussissant à éviter l’épouvantail espagnol en terminant premiers, avant ne pas parvenir à marquer contre cette équipe ukrainienne à mon avis très bien organisée et dotée de joueurs habiles et très présents physiquement. Ces derniers n’ont pas entrepris grand-chose, mais ont tout de même bien sorti les ballons et bien défendu à chaque instant.

Il manque à cette équipe suisse de grands attaquants et un joueur capable de faire la différence au milieu du terrain, de faire la passe qui tue. Hakan Yakin, sélectionné par miracle, a été un tel joueur avant sa longue traversée du désert. Espérons qu’il revienne à son meilleur niveau ces prochaines saisons. Derrière, tout le monde a assuré. Et la vraisemblablement future charnière centrale d’Arsenal et de la Nati ne peut que s’améliorer encore et pourrait donc devenir une des meilleures du monde, Djourou n’a que 19 ans et Senderos 21.
Prions pour qu’un ou deux attaquants émergent d’ici à l’Euro pour épauler Frei…

J’imagine que les spectateurs neutres vont encore dire que l’équipe de Suisse est médiocre et qu’ils se sont ennuyés pendant le match. C’est vrai que la Suisse ne joue de loin pas toujours comme lors de sa première mi-temps contre la France à Berne en qualifications. Mais le football n’est pas qu’un spectacle, c’est un jeu qui demande aussi de l’intelligence tactique. Il faut savoir s’organiser en fonction de ses possibilités, pour moi le but n’est pas de divertir les téléspectateurs comme la Côte d’Ivoire en attaquant généreusement et en prenant généreusement des buts, mais d’évoluer aussi intelligemment que possible en fonction des joueurs que l’on a à disposition et de l’adversaire. La Suisse n’a pas de stars, mais l’habileté du sélectionneur et l’état d’esprit des joueurs permettent de poser des problèmes à des équipes dotées d’individualités bien supérieures.
Heureusement, en Suisse les gens sont capables de s’enthousiasmer pour autre chose qu’une somme de stars qui alignent les passements de jambes et d’apprécier le travail d’un groupe solidaire, humble et généreux à l’état d’esprit conquérant dont la valeur du groupe dépasse celle de la somme des individualités qui le composent. Le foot, ça se joue sur le terrain et pas après le match en tapant sur les arbitres, et ça aide si les joueurs ont du plaisir à avoir le privilège de représenter leur pays devant des milliards de téléspectateurs.

 
CM 2006 | Suisse

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