Voici un article trouvé dans la revue anglaise FourFourTwo. Comme tout article anglais digne de ce nom, il ne parle évidemment que du seul véritable football: le football anglais. Ce qui ne l’empêche pas d’être intéressant. Et il démarre inévitablement avec Geoffrey Hurst, auteur d’un triplé en finale de la Coupe du Monde 1966. «Mon beau-père a dit à mon épouse que j’allais marquer trois buts en finale. J’ai éclaté de rire en entendant ça. Je n’en revenais pas quand je l’ai réussi!»
Incroyable, en effet! La notion de hat trick, ou coup du chapeau, vient du cricket. Le terme est apparu en 1858, lorsqu’un joueur anglais, Stephenson, a touché trois fois le wicket en trois coups lors d’un match contre Hallam. D’après la légende, Stephenson aurait reçu en cadeau de ses coéquipiers un set de trois chapeaux blancs en hommage à cette réussite. Cette expression est ensuite entrée dans le langage footballistique, désignant le fait de marquer trois buts sans qu’un autre joueur ne marque entre temps. Mais ce n’est pas tout: à l’origine, il fallait que chacun des buts soit marqué différemment, c’est-à -dire un du pied gauche, un du pied droit et un de la tête, pour que cela soit validé comme hat trick.
Heureusement pour les joueurs, et les journalistes toujours en quête de sensationnel, les conditions sont aujourd’hui moins drastiques, excepté en Allemagne où l’interprétation stricte est toujours d’actualité. Pour être plus précis, un joueur peut marquer de la joue gauche, de la nuque et des fesses, et ce sera un hat trick réussi!
Le plus célèbre marqueur de triplés est un ancien joueur de Middlesbrough, George Camsell, qui a marqué lors de la saison 1926-27 pas moins de 59 buts, dont 9 hat tricks. Un chiffre qui aurait pu augmenter s’il s’était occupé de tirer les penalties!
Dixie Dean, la légende d’Everton, a été lui aussi un prolifique marqueur de hat tricks, puisqu’il en détient le record avec 37 triplés marqués durant sa carrière. En comparaison, le meilleur marqueur de hat tricks de Premier League (le nouveau format de championnat anglais créé en 1992) est Alan Shearer, avec ‘’seulement’’ 11 triplés. Mais voyons les choses plus en détails…
D’autres hat tricks célèbres sont ceux signés Stan Mortenson (Blackpool), en finale de Coupe d’Angleterre 1953 (4-3 contre les Bolton Wanderers), le double hat trick, c’est-à -dire 6 buts en un seul match, réussi par George Best sous le maillot de Manchester United en 1970 contre Northampton (8-2 lors du cinquième tour de Cup), ou le triplé réussit par Nwankwo Kanu en 15 minutes seulement. Nous sommes alors en 1999 et son équipe d’Arsenal est menée 2-0 par Chelsea lorsqu’il entre en jeu. Les Gunners s’imposent au final 3-2.
L’une des principales victimes de ces réussites est le défenseur de Leicester, Steve Walsh, qui a été le témoin direct de deux triplés en 1999, et les deux fois contre Arsenal, avec Nicolas Anelka et Dennis Bergkamp comme fatals adversaires. «J’ai la sensation que le joueur qui réussit un hat-trick dans un match l’aurait fait quoi qu’il arrive, et ce quelque soit le défenseur qu’il a en face. Je ne fuis pas mes responsabilités, il est clair que j’ai fait des erreurs, du moins en ce qui concerne le Français, mais avoir Dennis comme adversaire, c’est quelque chose de terrible. Les buts qui ont composé son coup du chapeau ont occupé les trois places du podium des buts du jour. Sincèrement, je crois que même trois défenseurs n’auraient pas pu marquer Bergkamp cet après-midi-là . Mais si c’était arrivé, le foot aurait été privé de trois buts exceptionnels, n’est-ce pas?» en sourit-il.
Dennis Law était lui surnommé «The King» avant que ce surnom ne soit attribué à Cantona. Lors d’un match contre Luton Town, Law réussit l’exploit de marquer un triplé en première mi-temps… et de récidiver en seconde période! «J’avais 20 ans, je jouais à City, la saison avant d’arriver à United. Je n’étais encore personne dans le football et j’ai marqué le premier hat-trick de ma carrière entre la 19e et la 34e minute. Puis j’en ai réussi un autre dans les 20 premières minutes de la deuxième mi-temps. Je me suis dit: Waouh, six buts en un match… Peu après, il ne restait que quelques minutes à jouer, une pluie torrentielle s’est abattue et l’arbitre Ken Tuck a arrêté le match. Bad luck son, m’a-t-il dit. Tes buts ne compteront que pour la légende. Nous avons rejoué le match et nous avons perdu 3-1. C’est mon souvenir le plus amer.»
Vu d’Angleterre, il semble que le reste du monde n’accorde pas autant de respect à l’auteur d’un triplé que sur l’île. Les exemples ne manquent pourtant pas. «J’ai marqué trois fois contre le Brésil en 1982, et cela m’a rendu célèbre pour toute ma vie, d’autant plus que je venais de sortir de prison se souvient Paolo Rossi, qui a vaincu à lui seul les Brésiliens lors du mondial 82. C’est un souvenir exceptionnel, mais je n’avais jamais réfléchi au fait d’avoir réussi un coup du chapeau.»
Même son de cloche en Amérique du Sud. Selon les journalistes argentins, « marquer trois buts signifie qu’un attaquant a bien fait son travail. Il n’existe aucun prix ni quoi que ce soit pour honorer l’auteur d’un hat-trick. Plus encore, ce terme n’a commencé à être utilisé ici que depuis trois ou quatre ans,» y déclare-t-on.
Quelques cas montrent bien le mal qu’ont parfois les joueurs pour exprimer combien un coup du chapeau compte pour eux comme un performance extraordinaire. Wayne Rooney, par exemple, a eu beaucoup de mal à récupérer le ballon avec lequel il a marqué trois fois contre le Fenerbahçe en Ligue des Champions. «Je suis allé voir l’arbitre belge De Bleckere, qui avait pris le ballon, et je le lui ai demandé poliment. Il m’a demandé étonné pourquoi, étant donné que normalement, c’est l’arbitre qui conserve le ballon. Je lui explique que j’ai marqué un hat-trick, mais que croyez-vous qu’il a fait? Il a levé les épaules et m’a dit qu’en fin de compte, j’étais payé pour ça, non? Pourquoi je récupèrerais en plus le ballon? J’ai insisté, mais il m’a menacé de me donner un carton rouge, soi-disant pour pression exercée contre l’arbitre après la fin de la partie. Je l’ai finalement amadoué et il me l’a donné, avec l’air de me faire une grande faveur et que je lui étais redevable!»
Mieux vaut en revanche ne pas prendre le ballon et aller dans le vestiaire adverse avec. C’est ce qu’à fait Dennis Bailey, des Queen’s Park Rangers, après avoir marqué un triplé à Old Trafford, le dernier en date encaissé par United dans son stade. Bailey voulait demander à ses adversaire de signer le ballon avec lequel il avait réussi à marquer trois fois. Evidemment, ces derniers l’ont regardé les bras ballants, avant que Sir Alex ne le fasse sortir manu militari du vestiaire.
Un joueur avait lui l’habitude des hat-tricks, Ian Rush. Le Gallois a battu tous les records come attaquant avec Liverpool. Ce hat-trick-man par excellence a admis que pour lui, le coup du chapeau valait beaucoup plus que trois buts: «c’est lorsque j’ai réussi à marquer un triplé pour la première fois, contre nos rivaux d’Everton, que je me suis senti footballeur, reconte-t-il aujourd’hui. Je me suis dit: oui, maintenant tu n’es plus une simple vedette créée par la presse pour faire vendre, tu es un super joueur en règle.»
Si certains, comme Ian Rush, accordent une importance toute particulière au coup du chapeau, d’autres en ont marqué des vraiment différents.
1. Le triplé… contre son camp!
Marquer trois buts contre son camp, voilà la mésaventure arrivée au Belge Stan Van Den Buys. «Nous jouions contre Anderlecht. Sur un coup-franc qui sortait à coup sûr, le ballon a heurté ma tête et est entré droit dans notre lucarne. Ensuite, contre-attaque classique, centre, je m’étire pour mettre le pied en opposition, nouveau but contre mon camp. Enfin, corner, je mets le pied pour donner le ballon à notre gardien… qui est sorti. But. Contre mon camp. Nous avons perdu 3-2 à cause de mes trois buts. Je n’e ai pas trop pâti. J’avais 38 ans, personne n’a eu l’audace de me faire de reproche. Enfin si, mon épouse. Mais, pour être sincère, j’ai très bien dormi cette nuit-là , je n’ai eu aucun remords.»
2. Le triplé… par un gardien!
Quel autre gardien que José Luis Chilavert pour marquer un triplé? Lors d’un match remporté 6-1 par son équipe de Velez Sarsfield contre Ferro Carril Oeste, en 1999, le Paraguayen a réussi à marquer trois fois, sur trois penalties.
3. Le triple triplé!
Neuf buts marqués en un seul match, c’est un record réalisé par l’Ecossais Ted McDougall lors d’un match gagné 11-0 par Bournemouth contre Margate au premier tour de la FA Cup.
4. Le triplé sur coup-franc.
L’Ecossais Ray McKinnon en rit encore: Je jouais à Dundee, contre Kilmarnock, en coupe. Nous avions fait 1-1 à l’aller, et cela devait être une simple formalité pour nous. Enfin… nous avons encaissé un but d’entrée. Puis, coup-franc pour nous. Comme notre tireur habituel était blessé, je me suis décidé à le tirer. J’ai tiré sans trop réfléchir et… 1-1! Nous encaissons un autre but juste après et nous sommes menés à la mi-temps. A la reprise, l’arbitre nous accorde un coup-franc plein centre. J’y vais, je le tire et je marque en pleine lucarne. Egalité. Et pour que tout soit parfait, à la 90e minute, alors que étions éliminés, nous avons un nouveau coup-franc, à 18 mètres. Je tire à raz de terre, et le gardien dévie la ballon dans son but. Voilà l’histoire du hat-trick qui m’a rendu célèbre!»
5. Le triplé le plus rapide…
… de tous les temps: une minute et 30 secondes. C’est le temps qu’il a fallu à l’Ecossais Tommy Ross, de Ross Country, pour marquer trois buts à Nairn Country en 1944. «Ca n’a même pas été une grande joie, comme on voit maintenant à la télé. Nous nous sommes rassemblé au milieu du terrain pour nous embrasser, un peu à la manière d’un maul au rugby. Je me rappelle que mon entraîneur se moquait de moi en disant que j’avais entendu le bruit des avions allemands et que j’avais marqué vite pour aller me mettre à l’abri…»
… en Premier League: 4 minutes et 32 secondes, c’est le record réalisé par Robbie Fowler, lors d’un Liverpool-Arsenal disputé en 1994.
… en Ligue des Champions: 9 neuf minutes tout rond, le temps nécessaire à l’Anglais Mike Newell pour marquer trois fois contre Rosenborg, en 1995.
Pour être plus complets, rappelons qu’Eric Cantona est le premier joueur à avoir marqué un hat-trick dans l’histoire de la Premier League. C’était en 1992, année de la création du championnat anglais tel qu’on le connaît aujourd’hui, et Cantona jouait alors à Leeds, lors d’un match contre Tottenham.
En Coupe du Monde, un seul joueur est parvenu à marquer un coup du chapeau dans deux tournois différents. C’est Gabriel Batistuta, en 1994 et 1998. Trois joueurs ont eux marqués deux coups du chapeau lors d’un mondial: Sandor Kocsis, en 1954, Just Fontaine, en 1958, et Gerd Muller, en 1970.
Robert Earnshaw, joueur de Nottingham Forrest, peut lui se vanter d’avoir marqué un hat trick dans toutes les ligues professionnelles anglaises (Premier League, Championship, League One, League Two), dans les deux coupes (FA Cup et League Cup) et en équipe nationale. Le record du plus grand nombre de hat tricks marqués en une saison ne lui appartient cependant pas, puisqu’il est la propriété de George Camsell, qui a marqué sous le maillot de Middlesbrough pas moins de 9 triplés lors de la saison 1926-27. Alan Shearer détient lui le record du plus grand nombre de triplés marqués en Premier League, avec 11 hat tricks, neuf avec Newcastle et deux avec Blackburn. Pas autant que Dixie Dean, joueur d’Everton, qui a marqué, avant la création de la Premier League, 37 triplés durant sa carrière! Huit d’entre eux l’ont été durant la saison 1927-28, sa saison la plus prolifique, où il a marqué au total la bagatelle de 60 buts!
Lorsque le terme hat trick a été inventé, il signifiait qu’il fallait marquer trois buts dans un match dans l’ordre suivant: du pied droit, de la tête et du pied gauche. De ce point de vue, un seul footballeur peut déclarer avoir réussi une telle performance en Premier League. Il s’agit de Gabriel Agbonlahor, lors d’un match Aston Villa – Manchester City (4-2).























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5 commentaires
Donc à l’origine, un hat-trick c’est trois buts marqués de trois façons différentes. A moins d’avoir mal lu, il m’en vient un qui n’a pas été cité dans cet excellent sujet, celui de Platoche à l’euro 84. Dernier match de poule contre la yougoslavie, un de la tête, un du pied gauche et le dernier, un coup franc du droit, il me semble. Enfin je ne sais plus si c’est dans cet ordre là . Le match se jouait à Geoffroy-Guichard, du temps où les bleus n’y étaient pas sifflés.
Je crois qu’il en avait aussi marqué 3 contre la Belgique à la Beaujoire, mais je ne sais plus si c’est de trois façons différentes…
merci pj!
excellent!
Merci les copaings!
Stef: j’avais prévenu en début d’article, c’est très anglo-anglais comme article! Mais j’ai trouvé que ça valait le coup d’être partagé ici.
Je reviens sur le hat-trick cité par Stef. L’exploit de Platoche est d’autant plus remarquable qu’il l’avait déjà réalisé trois jours plus tôt contre la Belgique de Jean-Marie Pfaff : une reprise du gauche, un penalty du droit et une reprise de la tête. Mais il est vrai qu’entre temps, Giresse et Fernandez y avaient été de leur petit but, faisant monter la sauce à 5-0. Le « vrai » hat-trick reste donc celui de Saint Etienne puisque Platoche avait inscrit ses trois buts consécutivement (Et notamment cette tête plongeante… ah ! nostalgie…)
Au-delà du premier hat-trick de la Premier League, Eric Cantona fut également l’auteur d’un hat-trick mythique au stade de Wembley face au Liverpool FC, lors de la Charity Shield remportée 4-3 par Leeds United.