Les effets du dopage? Partie 2: Borgonovo et les morts suspectes en Italie

borgonovo-panini.jpgStefano Borgonovo a 44 ans et une belle carrière derrière lui. Attaquant passé par Côme, Milan, la Fiorentina, Pescara, l’Udinese, Brescia, il était du triplet Scudetto, C1 et Coupe intercontinentale du Milan de 1990. Trois fois international, Borgonovo a entamé en 2002 une carrière d’entraîneur à Côme. Carrière terminée en 2005 avec l’apparition des premiers symptômes d’une maladie que les footballeurs italiens connaissent de mieux en mieux: la Sclérose Latérale Amyotrophique, ou SLA.

Aujourd’hui, Stefano Borgonovo est immobilisé sur un fauteuil roulant. Relié à un respirateur, incapable du moindre mouvement et même de parler, ses yeux sont son seul moyen de communication. Un ordinateur analyse les mouvements de ses pupilles et les retranscrit par le biais d’une voix synthétique.

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La SLA, également appelée Maladie de Charcot, est une sclérose latérale par atrophie des muscles causée par la destruction des cellules nerveuses cérébrales commandant les mouvements des muscles locomoteurs, des neurones moteurs situés dans la corne antérieure de la moelle épinière et des noyaux moteurs des derniers nerfs crâniens. Si les causes exactes de cette affection dégénérative sont encore inconnues, le fait qu’elle touche particulièrement les sportifs pose des questions.

lou_gehrig.jpgLou Gehrig est le premier d’entre eux. Membre des New-York Yankees de 1923 à 1939, Gehrig a dû stopper sa carrière lorsque les premiers symptômes de SLA se sont manifestés. Il en décède en 1941, quelques jours avant son 38e anniversaire. Devant son immense notoriété (il a été élu dans l’équipe du siècle devant son coéquipier Babe Ruth), la SLA porte aux Etats-Unis le nom de «Maladie de Lou Gehrig». Par ce geste, on espérait que la popularité du joueur aiderait les donneurs à sortir plus facilement de l’argent pour aider la recherche. Presque 70 années plus tard, les avancées sont encore trop modestes. Et les cas se multiplient.

Dans le seul football, 51 cas de SLA sont recensés (pour 39 décès), majoritairement en Italie, dans le football professionnel comme amateur. On compte parmi eux Armando Segato, le premier joueur italien victime de la SLA. Le milieu de la Fiorentia (20 sélections) meurt en 1973, peu avant son 43e anniversaire. Suivent Narciso Soldan, gardien de but mort à 60 ans en 1987, Adriano Lombardi, capitaine d’Avellino décédé en 2007 à 62 ans, Guido Vincenzi, champion d’Italie en 1954 et mort en 1997 à l’âge de 64 ans, Albano Canazza, joueur de Bolzano décédé à 38 ans en 2000, Giorgio Rognoni, mort à 40 ans en 1986, et bien d’autres. Les cas sont nombreux et s’accumulent de plus en plus vite depuis quelques années.

Borgonovo mis à part, le cas le plus célèbre est peut-être celui de Gianluca Signorini, légendaire capitaine de la Genoa décédé d’une SLA le 6 novembre 2002 à l’âge de 42 ans. Sa disparition a alerté l’opinion publique sur ces décès de footballeurs et a poussé la Justice italienne à ouvrir une enquête, rapidement close par manque de preuves. Les études alors menées ont néanmoins permis de découvrir que la prévalence de personnes touchées est bien plus importante dans le football que pour l’ensemble de la population. Selon une étude conduite par le Pr. Adriano Chio à Turin, sur un échantillon de 7.325 joueurs en activité entre 1970 et 2006, 8 cas de SLA ont été recensés, un chiffre supérieur à six fois la moyenne de la population. De quoi se poser des questions.

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D’autant plus que la SLA n’est pas la seule maladie à toucher principalement les footballeurs. Bruno Beatrice par exemple, avant-centre de la Fiorentina, n’a que 39 ans lorsqu’il est emporté par une leucémie. Un décès qui fait parler de lui. Sa veuve explique en effet ce dernier par l’absorption massive de produits dopants: « Les médecins de la Fiorentina, son club, lui faisaient des piqûres en continu et, après les matchs, ses jambes tremblaient pendant deux jours ! C’était comme ces animaux qui continuent de sauter une fois tués. Pendant plus d’un mois, il a été contraint de se rendre dans une clinique et de se soumettre à des radiations quotidiennes de deux à trois minutes.» La famille de Bruno Beatrice a alimenté une enquête du magistrat turinois qui connaît bien le cas de Borgonovo et qui s’occupe de l’enquête concernant les possibles liens entre la SLA et les activités sportives.

beatrice.jpgSi le décès de Bruno Beatrice (photo) a enflammé l’Italie sur les possibles pratiques dopantes en Italie, il n’est pas le premier. En 1980, celui d’Ernst Ocwirk avait fait délier des langues. Cet ancien international autrichien et attaquant de Gênes dans les années 60-70 est décédé de sclérose en plaques à l’âge de 54 ans. Un de ses anciens coéquipiers génois, Carlo Petrini, a alors raconté les pratiques qui sévissaient dans leur club: «À Gênes, ils nous faisaient des injections une heure avant le match et nous recommandaient de faire un échauffement lent. Au bout de vingt minutes, c’était comme si le feu brûlait en nous. Nous étions transformés en fauves. Sur le terrain, on avait la langue gonflée et une bave verdâtre à la bouche». L’actuel procureur de Turin, Rafaele Guariniello indique que pour son étude sur les morts suspectes en Italie, le cancer est une cause anormalement élevée de décès: «Parmi les 24 000 joueurs pris en considération, le taux de victimes du cancer est double par rapport à celui de la population : 13 cas de tumeur au colon, 9 au foie, 10 au pancréas alors que la normale aurait dû être 6, 4 et 5 cas». Entre 2004 et 2006, deux éminents médecins de Turin et Pavie ont aussi enquêté sur ce sujet. «Nous avons rencontré 7 325 joueurs italiens, avaient-ils déclaré il y a un an. Au maximum, on aurait dû trouver un malade, voire aucun. Or, on a découvert que huit d’entre eux étaient atteints de cette maladie. C’est beaucoup. C’est trop.»

Si rien n’a pu être démontré, le dopage est évidemment montré du doigt par plusieurs médecins. Mais des questions se posent. Pourquoi, par exemple, ne trouve-t-on pas de chiffres supérieurs à la moyenne dans d’autres sports, comme le rugby, le basket ou le cyclisme? De plus, tous les footballeurs ne se dopaient peut-être pas. Ils n’utilisaient en tout cas pas tous les mêmes produits, et dans les mêmes proportions. Et les victimes ne jouaient pas toutes à la même période. Ni dans le même pays d’ailleurs, comme le montre le cas de Jimmy Johnstone, auteur du but de la victoire du Celtic Glasgow en finale de Coupe d’Europe des Clubs Champions contre l’Inter Milan en 1967.

Le dopage n’est donc pas la seule piste étudiée. Rafaele Guariniello l’explique: « Les hypothèses sur lesquelles nous travaillons le plus, explique-t-il, sont le dopage, les traumatismes ainsi que l’usage de substances toxiques pour l’entretien des pelouses des stades. Nous avons étudié le cas des cyclistes et des joueurs de basket, mais nous n’avons identifié aucun cas de SLA. Aujourd’hui, on est en train de travailler sur les rugbymen et on a encore rien trouvé. Il semblerait donc qu’il y ait un facteur spécifique au football, et c’est ce que nous cherchons à comprendre » Les substances toxiques utilisées pour l’entretien des terrains est l’autre piste étudiée pour expliquer ces cas suspects. Une hypothèse un peu invraisemblable, à laquelle Carlo Petrini ne croit pas une seconde: « Certains prétendaient que ces troubles résultaient de l’usage de produits toxiques pour l’entretien des pelouses: désherbants et autres pesticides. Le problème, c’est que ni les jardiniers, ni les arbitres, eux aussi en contact avec la pelouse, n’ont été malades…» Le mystère reste donc entier, en attendant de possibles nouveaux cas.

 
Drogue/Dopage | Italie

trackback uri 11 commentaires

Et puis il y a aussi toute les affaires plus ou moins révélées autour de la Juve des Deschamps, Zidane et consorts…

par Bentonjda, 17.07.2009 à 09h11   | Citer

Intéressant et troublant article PJ.

J’aimerais bien aussi avoir des nouvelles des anciens champions olympiques de l’ex RDA, de l’URSS ou de la Chine d’il y a 30 ans.
Sont-ils vivants, malades, cloués sur des fauteuils ?
C’est un vaste débat le dopage en tout cas.

par Fab, 17.07.2009 à 10h38   | Citer

« Certains prétendaient que ces troubles résultaient de l’usage de produits toxiques pour l’entretien des pelouses: désherbants et autres pesticides. Le problème, c’est que ni les jardiniers, ni les arbitres, eux aussi en contact avec la pelouse, n’ont été malades…»

Pour moi cette hypothèse est recevable : les jardiniers et arbitres ne plongent pas autant que les joueurs italiens :-) ))) et quand on plonge, on en mange souvent de la pelouse, hein Pippo ?!

par Alex, 17.07.2009 à 12h13   | Citer

Alex : ton argument ne tient pas. Les rugbymen sont plus souvent le nez dans la pelouse que les footballeurs. Et ils ne sont pas malades eux.
(+_+)

par Fab, 17.07.2009 à 12h22   | Citer

J’aimerais bien aussi avoir des nouvelles des anciens champions olympiques de l’ex RDA, de l’URSS ou de la Chine d’il y a 30 ans.

Bah soit ils sont morts , soit ils survivent encore mais s’ils parlent , ils sont morts , donc on dira qu’ils sont morts :-) )
Entre la SLA en Italie , les décès cardiaques foudroyants en angleterre ou en espagne ,les championnats les + séduisants d’europe ou ça cavale comme des lapins , on vit quand même dans un drôle de monde . Sans compter que même si tu pratiques pas un sport de haut niveau et que tu te dopes pas , personne n’est à l’abri de se choper un cancer grâce à la bonne bouffe qu’on nous vend et l’air qu’on respire , alors quand on me parle des progrès de la médecine …….

par Nokomment, 17.07.2009 à 12h33   | Citer

Que voulez vous ,parfois la vie ne nous fait pas de cadeau
Le Père Noël est une ordure !  » C’est SLA , oui……… » ( Bon, je sors mais bon je voulais pas rester sur une note pessimiste , mon naturel revient au galop :-)

par Nokomment, 17.07.2009 à 12h37   | Citer

Chhhuuuuttt….écrivez moins fort…..faites semblant de rien….Nokomment est revenu….

par Fab, 17.07.2009 à 13h54   | Citer

Fab: il faudrait demander à Robbie Fowler, c’est lui a eu le nez le plus près de la pelouse pendant un temps assez long en reniflant bien fort qui plus est…

par Bentonjda, 17.07.2009 à 14h03   | Citer

Yep, en plus il a un grand tarbouif.

par Fab, 17.07.2009 à 19h24   | Citer

Triste. Je ne connaissais pas le destin tragique de Signorini bien que je me souvienne tres bien du joueur.

par Xaxou, 18.07.2009 à 15h36   | Citer

Le Hors Série de Sport & Vie (j’adore ce mag) est très chouette sur ce sujet.

Il fait le point sur les bienfaits sport et méfaits des aides chimiques sur le cerveau.

par vince, 20.07.2009 à 09h36   | Citer