On remet ça?

L’hiver 2010 a été bien rude pour le football. Près de 200 matchs ont dû être reportés ces dernières semaines. Le froid a souvent été à la base de ces reports. En Ecosse, c’est un grand mouvement de grève des arbitres qui a forcé le report de nombreux matchs, à l’exception de ceux dirigés par des arbitres venus de l’étranger. En Egypte et en Tunisie enfin, les championnats domestiques ont été mis en veille par les événements politiques. Et alors que les championnats d’Europe de l’Est reprennent ce week-end, ces pays du Maghreb voient les leurs toujours laissés au second plan. Si le nombre de matchs reportés est particulièrement important cette saison, ce n’est évidemment pas la première fois. Certaines causes de ces reports sont intéressantes.

1918, une épidémie de grippe sans précédent fait rage. 50 millions de personnes en sont victimes. Le football en souffre lui aussi. La Copa America, disputée au Brésil, est purement et simplement annulée alors que l’épidémie est à son paroxysme. Rio de Janeiro accueille finalement le tournoi l’année suivante, et la Seleçao remporte à cette occasion son premier trophée majeur.

1962, “The Winter from Hell”. Le Royaume-Uni connaît cette année-là un hiver exceptionnellement rigoureux et neigeux. Le 26 décembre, Sunderland doit rencontrer Bury pour un match de deuxième division. Devant les conditions difficiles, l’arbitre décide de ne pas donner le coup d’envoi. Mais les 42 000 (!) spectateurs présents dans les tribunes le poussent à changer d’avis. Le match se joue malgré une pelouse gelée, quasiment impraticable. Brian Clough en paie le prix fort. Perdant l’équilibre, il heurte Chris Harker, le gardien adverse, et ne se relève pas. Verdict: rupture des ligaments croisés et fin de carrière. Du moins le croit-on. Deux ans plus tard, Clough fait un retour aussi incroyable que bref. Il réussit à jouer trois matchs pour Sunderland, avant de définitivement ranger ses crampons. C’est en tant qu’entraîneur qu’il atteindra l’apogée de sa carrière, en remportant la Coupe d’Europe des Clubs Champions avec Nottingham Forest en 1979 et 1980.

Snow in Manchester

En janvier 1963, seuls trois matchs de Cup arrivent à leur terme. Le match entre Lincoln et Coventry est repoussé pas moins de 15 fois! En Ecosse, le match de Coupe opposant Stranraer et Airdrie a lui aussi une histoire à part. Devant initialement se disputer le 13 janvier, il est repoussé à cause du gel et d’une quantité industrielle de neige sur le terrain. Il ne sera finalement joué que le 11 mars, après 33 reports dus à une pelouse impraticable!

Face à un hiver ne faiblissant pas, les administrateurs des stades prennent des solutions radicales pour permettre la tenue des matchs. Des lance-flammes sont utilisés à Blackpool, un appareil à base de goudron brûlant à Chelsea, une bâche chauffée à Leicester ou encore un chasse-neige à Birmingham. Au final, plus de 400 matchs sont reportés lors de cet hiver infernal.

1979, nouvel hiver glacial et nouveaux reports à répétition. En Ecosse, Inverness Thistle et Falkirk doivent s’affronter au deuxième tour de Cup. Le match est reporté 29 fois! Originellement prévu le 6 janvier, il sera joué 47 jours plus tard, la pelouse du King Mills n’étant déclarée praticable que le 22 février. Falkirk se qualifie grâce à quatre buts marqués en première période, mais ne passe pas le tour suivant. Le retard accumulé force en effet l’équipe de Billy Little à disputer le troisième tour à Dundee trois jours plus tard. Un but sur penalty aura raison d’eux.

Bramall_Lane_EndMis à part les caprices météorologiques, quoi de plus radical qu’une bombe pour annuler un match? En 1984, le match Sheffield United-Oldham est reporté suite à une découverte explosive. Une bombe datant de la Seconde guerre mondiale est en effet découverte intacte près du stade de Bramall Lane peu avant le coup d’envoi. Déjà sur place, les spectateurs sont repoussés loin du stade, et la bombe évacuée pour être déclenchée en lieu sûr. Le match est rejoué trois jours plus tard. Sheffield s’impose 2-0. Un scénario similaire se déroule vingt ans plus tard en Italie, peu avant le match de Série B opposant la Salernitana à Frosinone. Les spectateurs et 5 000 habitants proches sont alors évacués.

L’année suivante, c’est tout le Calcio qui est bloqué en avril 2005, pour une raison extérieure au football. La santé du Pape Jean-Paul II décline fortement et suite à son décès, tout le football italien s’arrête. Gardien de but dans sa jeunesse, Jean-Paul II reçoit à cette occasion un hommage fort de l’ensemble des joueurs italiens.

En 2007, le tirage au sort des qualifications pour l’Euro 2008 pose un problème quasiment insoluble. L’Arménie et l’Azerbaïdjan se retrouvent dans le même groupe. Les deux pays oscillent entre guerre et trêve depuis des années à cause de conflits frontaliers, notamment dans la région du Haut-Karabakh. Si la fédération arménienne est disposée à laisser son équipe aller jouer en Azerbaïdjan, son adversaire demande à jouer les deux matchs sur terrain neutre. La situation est dans l’impasse. Au final, aucune solution n’est trouvée. L’UEFA intervient et, devant cette situation, décide d’annuler la double confrontation. Les deux équipes disputent donc deux matchs de moins que leurs adversaires et finissent aux deux dernières places du groupe. Par la suite, l’UEFA décide de séparer automatiquement les deux équipes lors du tirage au sort des qualifications pour l’Euro 2012.

L’année 2008 a elle été riches en événements en tout genre. Le premier intervient en Afrique. Au Zimbabwe, Robert Mugabe est solidement installé au pouvoir. Dans l’attente de controversées élections présidentielles, le dictateur ordonne à la police d’interdire tout match de football dans le pays durant la période de Pâques, officiellement dans la crainte que des violences pré-électorales n’éclatent dans les tribunes. Mugabe remportera évidemment les élections, une victoire qualifiée de « honte » par George W. Bush. Comme quoi, il n’aura pas dit que des conneries. :)

Pendant ce temps, les supporters de Groningue font ce qu’ils peuvent pour aider la Hollande et la Belgique à gagner la course pour accueillir la Coupe du Monde 2018. Pour la réception de l’Ajax, ils organisent un grand lancé de papier toilette. Qui déclenche un grand incendie et l’évacuation du stade. Le match est arrêté et des douzaines de personnes finissent la soirée à l’hôpital. Brûlé au PQ, c’est la classe.

 
Histoire

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Comme quoi les conditions climatiques ne sont pas les seules raisons des reports. Ca va de la géo-politique aux bonnes intentions qui finissent en drame. A ce sujet, j’ignorais qu’il fallait se méfier du jeté de PQ batave.

par stef, 28.02.2011 à 21h06   | Citer

les habitants de groningue, sont ce les gros nigauds par hasard?

par thi oc, 02.03.2011 à 23h59   | Citer