La Roumanie retrouve l’Euro -19 ans… avec des vrais juniors

L’Euro U19 débute la semaine prochaine dans la proche banlieue de Bucarest (Mogoşoaia, Buftea, Berceni et Chiajna). Huit équipes sont qualifiées: la Roumanie, la République Tchèque, la Grèce et l’Irlande dans le groupe A, l’Espagne, la Belgique, la Serbie et la Turquie dans le groupe B. Eurosport diffusera la compétition en direct et en quasi-intégralité. Mais c’est surtout l’occasion de revenir sur l’édition 1962 de cette compétition, le seul titre international remporté par une sélection roumaine. Un titre pas très propre. Ou quand les juniors n’en sont pas tout à fait…

La Roumanie a donc remporté son unique titre international lors du Championnat d’Europe des moins de 19 ans. Les médias roumains sont revenus sur cette seule victoire nationale à l’occasion de cette édition disputée en Roumanie. Avec une révélation: l’équipe roumaine qui a remporté le tournoi, alors organisé à Bucarest, était plus âgée que ne l’autorisait le règlement. Alors que la moyenne d’âge maximale autorisée était de 18 ans, sept mois et 28 jours, l’équipe roumaine présentait une moyenne d’âge de 20 ans, deux mois et trois jours. Lorsqu’il lève le trophée de ce Championnat d’Europe des moins de 19 ans, Mircea Petescu, le capitaine roumain, est proche de fêter ses 20 ans.

Petescu 1962

Le 29 avril 1962, 80 000 personnes ont pris place dans le Stade du 23 Août, à Bucarest, pour voir la Roumanie gagner son premier et unique titre international à ce jour. Une victoire longuement fêtée, avec fastes, les autorités souhaitant souligner là une réalisation due au nouvel ordre communiste. Le tournoi, organisé dans cinq villes du pays (Bucarest, Ploieşti, Constanţa, Braşov et Cluj) a réuni la crème du football européen. La France, la RFA, la Belgique, l’Espagne, l’Angleterre, l’URSS ou la RDA sont toutes présentes. La victoire n’en est que plus belle.

Ce Championnat d’Europe des moins de 19 ans est organisé en avril pour coïncider avec la Grande Assemblée Nationale, qui doit entamer dans les semaines à venir la mise en place du processus de confiscation des terrains et de la collectivisation de l’agriculture selon le modèle soviétique. Le jour de la finale, 11 000 paysans sont amenés au Stade du 23 Août, un nombre inventé par la propagande communiste et sensé symboliser le nombre de paysans tués lors de la grande jacquerie de 1907. Tout est mis en place pour que la victoire ait le plus grand retentissement pour le pouvoir.

Il ne reste plus qu’à former une équipe compétitive, dans la lignée de celle battue en finale contre la Hongrie deux années plus tôt. La sélection présente dans un premier temps un visage (presque) correct au niveau de la limite d’âge. Les résultats ne sont cependant guère concluants, malgré tous les efforts de la fédération et la centralisation de la préparation de l’équipe. L’objectif établit par le Parti, à savoir la victoire, est un impératif. L’entraîneur Gheorghe Ola voit ainsi grandir dans son équipe le nombre de joueurs nés avant le 1er septembre 1943, la date limite imposée par la FIFA. C’est ainsi qu’à l’ouverture du tournoi la Roumanie aligne finalement une équipe dont un seul joueur à l’âge requis! L’Etat a confectionné aux joueurs de faux papiers d’identité spécialement pour la compétition. Cet avantage, combiné à un arbitrage bienveillant, s’avère décisif. L’équipe alignée en finale présente une moyenne d’âge supérieure d’un an et sept mois à la moyenne maximale autorisée! Certains joueurs ont même 22 ans!

L’équipe alignée est la suivante: Suciu (19 ans et 6 mois) – Pall (20 ans et 5 mois), Petescu (19 ans et 11 mois), Răcelescu (22 ans) – Jamaischi (17 ans et 2 mois), D. Popescu (20 ans et un mois) – C. Matei (21 ans et 10 mois), Dumitriu II (19 ans et 5 mois), Fl. Voinea (20 ans et 10 mois), Gergely (20 ans et 6 mois), Hajdu (20 ans et 3 mois). Tous, à l’exception de Jamaischi, bénéficient donc de faux papiers et date de naissance.

Si la pouvoir en place a mis tant d’ardeur, c’est que ce tournoi se déroule dans une période noire pour le football roumain. L’équipe nationale est au néant après avoir été demantelée par les autorités communistes pour cause de bilan catastrophique les années précédentes. Les clubs ne font guère mieux. Incapables de faire la moindre performance en coupe d’Europe, ils minent le championnat par les abus, corruptions et matchs truqués en tous genres. La victoire de 1962 fait miroiter un avenir meilleur. Il est en fait l’arbre qui cache la forêt. En envoyant sur le terrain une équipe plus âgée que ses adversaires, la Roumanie a oublié le but de ce genre de compétition: donner aux jeunes une chance de s’affirmer et d’emmagasiner de l’expérience. En cherchant l’objectif à court terme à tout prix, les dirigeants roumains ont sacrifié une génération de jeunes joueurs. Mal leur en a pris. La génération championne d’Europe ne réussira aucune performance par la suite. Les Italiens ont eux découvert Boninsegna durant ce tournoi, les Ouest-Allemands Overath et Sepp Maier. Des joueurs roumains ayant disputé la finale, gagnée 4-1 face à la Yougoslavie, un seul disputera une Coupe du Monde. Il s’agit de Gergely, qui disputera les 10 dernières minutes du match contre la Tchécoslovaquie en 1970. Et c’est tout.

Pour leur défense, les dirigeants ne trouveront par la suite qu’une excuse: « les autres ont fait la même chose. » La réalité n’est pas loin. Les pays de l’Est sont en effet habitués de ce genre de tromperie. La réduction de l’âge des compétiteurs et l’élaboration de faux papiers à cet effet est une pratique courante dans les pays du bloc communiste, avides de reconnaissance internationale à travers le sport, qui reste le moyen le plus rapide et le moins onéreux pour montrer au monde la réussite du modèle communiste. L’URSS, la RDA, la Roumanie, mais aussi la Chine ou Cuba mettaient au point ce mode de fonctionnement non seulement au football, mais également en gymnastique, en boxe et dans bien d’autres discipline. Les problèmes de l’équipe chinoise lors des JO de Pékin ont d’ailleurs montré que tout le monde n’avait pas renoncé à l’utiliser…

Stade Buftea
Sinon, ça se prépare tranquillement à Buftea. On peaufine…

 
Histoire | Roumanie

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Vous devriez parlé de döbrin joueur exceptionnel Roumain qui n’a jamais pu sortir de Roumanie pour montrer son énorme talent au réal Madrid a cause de ceausescu, c est une histoire malheureuse mais interressante pour expliquer la cruauté du régime de l époque, et une carrière internationale gâcher pour le regretter et admirable döbrin.

par Lucka, 23.07.2011 à 07h53   | Citer

Merci de ton intérêt Lucka.
La carrière de Dobrin était effectivement intéressante et malheureuse pour lui, par cet épisode du Real mais aussi par les aléas survenus durant la Coupe du Monde 70.
J’en avais parlé il y a quelques temps.

par PJ, 23.07.2011 à 11h16   | Citer

Merci a toi de réagir a mes propos mes que dire aussi de la coupe du monde 78 ou il qualifie son pays pour cette phase finale mais en desacord avec son entraineur il ne jouera aucune minute, dobrin était un artiste un diamant a l état brute et comme tout les artiste non reconnu il a trouver refuge malgré lui dans l alcool .

par Lucka, 23.07.2011 à 23h38   | Citer