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Marcel Triboulet, la prison pour une sélection

C’est une curieuse anecdote que celle de Marcel Triboulet. Jeune attaquant axial, Marcel Triboulet compte au total six sélections en équipe de France, du 23 avril 1911 contre la Suisse au France-Belgique de 1919, son unique présence en Bleu après la Première Guerre Mondiale. Une carrière en équipe de France qui lui a joué un tour incroyable, puisque l’une de ses sélection lui a coûté quelques jours de prison ! C’était il y a tout juste 100 ans, une éternité à l’échelle du football…

Le 18 février 1912, l’équipe de France joue le deuxième de ses trois matchs de l’année contre la Suisse. Triboulet honore sa sélection sans hésiter, marquant même le deuxième des quatre buts français, pour une victoire 4-1. Premier angevin d’origine à jouer en sélection nationale, Triboulet est à ce moment-là soldat en garnison à Cholet. De là vient le problème : son unité ne l’avait pas autorisé à participer au match ! Bénéficiant néanmoins d’une permission, Triboulet se rend au match comme simple spectateur. Problème, aucun ne peut le suppléer. L’attaquant passe outre l’interdiction de ses supérieurs et honore sa sélection.

L’affaire aurait pu en rester là sans le courage d’un anonyme, qui envoie quelques jours plus tard une lettre contenant le compte-rendu du match découpé dans le journal L’Auto au colonel supérieur de Triboulet. Victime de cette dénonciation, l’attaquant de la Jeune France de Cholet est jugé pour dès son retour, et écope d’une condamnation de huit jours de prison, commués en huit jours de salle de police par le général commandant le 7e corps d’armée (les articles de presse détaillés de l’époque sont disponibles sur le site Une autre histoire du foot). Cette condamnation le prive toutefois du match Italie-France disputé un mois plus tard.

Cette affaire, qui aurait pu en refroidir certains, n’a pas entamé la volonté de Marcel Triboulet de répondre aux appels de l’équipe nationale. Lors de sa seule sélection après-guerre, en 1919, il dispute à Bruxelles le match Belgique-France resté comme le premier pour lequel l’équipe de France s’est déplacée en avion.

Quant à l’armée, ce n’est pas la première fois qu’elle joue des tours à la jeune équipe de France. Pour le troisième match de son Histoire – nous sommes alors le 7 mai 1905 – cette dernière est battue 7-0 par la Belgique. Une défaite accentuée par le départ prématuré du gardien Georges Crozier. A cause de l’arbitre qui s’est égaré, le coup d’envoi est donné avec une heure de retard. Un retard qui n’est pas sans conséquence pour Crozier, qui est obligé d’abandonner ses coéquipiers dès la 65 e minute de jeu. Il est 17h50, et celui-ci doit absolument prendre le train à 18h pour… réintégrer sa caserne à temps ! Les remplacements n’étant à l’époque pas encore autorisés, le défenseur Fernand Canelle prend sa place dans le but et les Français terminent le match à 10. Comble de tout, pendant que ses équipiers prennent trois nouveaux buts, Crozier arrive tout de même en retard à sa caserne et écope de quinze jours de prison. Ce qui ne l’empêchera pas de devenir le premier Français à jouer en Angleterre (à Fulham) et le premier gardien des Bleus à stopper un penalty, lors de sa seconde et dernière cape, en 1906.

 
France | Histoire
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trackback uri 3 commentaires

« Premier angevin d’origine à jouer en sélection nationale »

Belle dédicace à Mo’ ;)

par Xaxou, 08.03.2012 à 14h05   | Citer

Oui, la JF de Cholet est un club emblématique de cette ville. Bel hommage à ce club, ce joueur, et à la raideur habituelle de la Grande Muette !

par Moriarty, 08.03.2012 à 16h48   | Citer

Ceux qui l’ont condamné sont les mêmes qui ont envoyé des millions de soldats à la boucherie quelques années plus tard. L’armée quoi…

Didier Braun, du site « Une autre histoire du foot », avec qui j’en ai discuté cette semaine, pense (à juste titre à mon avis) que l’armée, partisane de « la gymnastique type Joinville » (je le cite), voyait d’un mauvais oeil l’éclosion des sports collectifs. Et d’autre part, le football n’était que peu connu à l’époque. Les internationaux n’étaient encore que des amateurs inconnus du grand public. Deux circonstances qui ne leur laissaient que peu de liberté. C’est évidemment impensable aujourd’hui, comme ça aurait pu l’être en 1912 en Angleterre, où les joueurs étaient déjà professionnels.

par PJ, 08.03.2012 à 19h22   | Citer
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