Trois gardiens, une règle utile?

Didier Deschamps a donc livré au public sa liste des 23 Français amenés à disputer la prochaine Coupe du Monde. Parmi eux, trois gardiens, comme le stipule le règlement. «Chaque association devra fournir à la FIFA une liste définitive de 23 joueurs, dont 3 gardiens de but. Cette liste définitive est limitée aux joueurs figurant sur la liste de trente joueurs à libérer.» L’article 29, alinéa 3 du règlement de la FIFA en vigueur lors des compétitions internationales est le point qui nous intéresse aujourd’hui. Trois gardiens de but dans la liste, est-ce réellement une règle utile? Les Nord-coréens pensaient visiblement le contraire au moment d’écrire leur liste pour la Coupe du Monde sud-africaine. D’autres ont découvert que trois gardiens, ce n’était parfois pas du luxe.

Les sélections comptent deux gardiens dès la première édition de la Coupe du Monde, en 1930. Seuls les Etats-Unis n’ont envoyé en Uruguay qu’un seul gardien de but parmi leurs 18 joueurs. Un risque qu’ils reprendront en 1934, alors que d’autres sélectionnent déjà trois gardiens pour la compétition. Heureusement pour les Américains, cela n’a eu aucune conséquence. En effet, alor que les remplacements sont autorisés à partir de 1954, aucun changement de gardien n’a lieu en Coupe du Monde pendant un match jusqu’en 1970! C’est l’entraîneur roumain Angelo Niculescu qui ouvre la voie cette année-là en faisant entrer Rică Răducanu à la place d’Adamache dès la 20e minute de jeu, alors que ce dernier a déjà encaissé deux buts des Brésiliens Jairzinho et Pelé. La Roumanie s’inclinera finalement 3-2 dans ce match de groupe.

Cette première reste une rareté. Alors qu’un joueur de champ semble bien plus utile qu’un troisième gardien, certains d’entre eux ont eu l’occasion de fouler la pelouse, et pas qu’à l’échauffement. A quatre reprises, une sélection a en effet utilisé ses trois gardiens lors d’une Coupe du Monde.

La France est la première d’entre elles. Lors du Mondial argentin, en 1978, Jean-Paul Bertrand-Demanes, titulaire indiscutable, est remplacé par Dominique Baratelli lors du deuxième match des Bleus après qu’il se soit blessé au dos en heurtant un de ses poteaux sur un plongeon. Baratelli réalise un bon match mais ne peut empêcher les Argentins de marquer à nouveau pour s’imposer. Les Bleus sont éliminés ce qui pousse Michel Hidalgo à faire tourner l’effectif pour le troisième match de groupe, disputé pour l’honneur face à la Hongrie. C’est ainsi que Dominique Dropsy, titulaire durant une partie des éliminatoires, retrouve sa place dans le but français.

Le match Argentine-France, lors duquel le Nantais Bertrand-Demanes se blesse (à 1’15).

Quatre années plus tard, la Belgique utilise à son tour ses trois gardiens. Le grand Jean-Marie Pfaff dispute parfaitement les trois matchs de la première phase, que la Belgique termine à la première place de son groupe avec notamment une victoire 1-0 face à l’Argentine de Maradona. Son caractère lui coûte pourtant sa place de titulaire le second tour, lui aussi disputé sous forme de groupes. Déjà peu apprécié pour ses critiques envers son sélectionneur et ses coéquipiers, surtout défenseurs, Pfaff, qui ne sait réellement pas nager, simule une noyade dans la piscine de l’hôtel de la délégation belge. Une petite blague qui met la délégation sens dessus-dessous et provoque sa mise à l’écart! Theo Custers, son remplaçant, prend sa place dans le but mais fait un match désastreux face à la Pologne, qui s’impose 3-0. Démotivés et quasiment éliminés, les Belges s’inclinent dans leur dernier match, 1-0 contre l’URSS, avec leur troisième gardien Jacques Munaron sur le terrain.

La Belgique n’est pas seule dans ce cas en 1982. Les terrains espagnols ont également été gourmands en gardiens tchécoslovaques. Zdenek Hruska dispute le premier match, un nul 1-1 contre le Koweït, puis est remplacé. C’est Stanislav Seman qui dispute donc le deuxième match, contre l’Angleterre, mais ne reste que 75 minutes sur le terrain. Blessé à un doigt, il laisse sa place à Karel Stromsik, qui termine le match puis jouera le suivant, face à la France.

En 1994, ce sont les trois gardiens grecs qui sont utilisés lors du mondial américain. Antonis Minou, titulaire durant les éliminatoires, débute la compétition. La défaite 0-4 contre l’Argentine lui est fatale. Elias Atmatzidis en profite pour jouer le deuxième match, avec le même résultat final, 0-4 contre la Bulgarie. Même cause, même effet et c’est le troisième et c’est le troisième gardien, Christos Karkamanis, qui joue le dernier match des Grecs dans la compétition, face au Nigéria. La Grèce ne s’incline « que » 2-0, encaissant au total 10 buts sans en rendre un seul dans les trois matchs de ce premier tour.

Ce type de cas de figure ne s’est pas reproduit lors des éditions suivantes. Lors de l’édition 1998 par exemple, les 32 équipes présentes n’ont utilisé que 36 gardiens durant l’ensemble de la compétition. Soit 60 portiers limités à profiter du spectacle depuis le banc de touche.

 
Histoire

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Bien sûr que c’est utile, je vote pour les trois gardiens.
D’ailleurs, en ce qui concerne la France, tu aurais pu aussi citer la coupe du monde 1982 en Espagne mon cher PJ. Pas au niveau des blessures, mais des performances, Hidalgo avait eu un mal de chien à choisir son gardien. Normalement Baratelli était numéro un dans la hiérarchie, Castaneda second et c’est finalement Jean-Luc Etorri qui avait disputé toutes les rencontres, sauf celle de la petite finale. Je ne suis pas sûr, mais il me semble qu’à l’époque il y avait eu une petite polémique sur le sujet.

par stef, 14.05.2014 à 17h03   | Citer

Certes, mais au final, et comme tu le dis justement, Ettori a joué 6 matchs sur 7 et Castaneda le dernier, ceci cantonnant Dominique Baratelli dans un rôle de remplaçant. Ce qui met donc cette histoire un peu hors-sujet. Des polémiques sur les gardiens, ce n’est pas ça qui manque. Rien qu’en équipe d’Espagne ne ce moment, on pourrait en choisir trois ou quatre depuis des années. Sans parler des choix pour accompagner Joe Hart avec l’Angleterre!

par PJ, 14.05.2014 à 17h14   | Citer

Hors-sujet, hors-sujet…
Non mais, y va changer de ton avec moi le PJ !!! :)
A l’époque c’était Baratelli qui était prévu en numéro un, avant la compétition, Castenada est resté sur le banc et Etorri a joué !
C’est là que la moutarde me monte au nez !!!
C’est comme si on parlait de Lloris et que Deschamps choisisse Landreau au dernier moment. Je’te raconte pas la tête de Mandanda dans ce cas là…
Alors ? A chaque fois trois gardiens ! Le compte est bon !
Chuis en plein dans le sujet môssieur !!! :)

par stef, 14.05.2014 à 17h27   | Citer

Qu’est ce qui empêche d’enregistrer un joueur comme gardien et de le faire jouer dans le champ ??

par Vince, 14.05.2014 à 19h02   | Citer

Le règlement. Les trois joueurs enregistrés comme gardiens ne peuvent pas entrer dans le champ (il ne peut par exemple pas en avoir deux sur le terrain). C’est de que les Nord-Coréens n’avaient pas tout à fait compris il y a quatre ans.

par PJ, 14.05.2014 à 21h24   | Citer

Par contre un joueur de champ peut aller aux buts (surtout au Brésil parait-il…) :)

par Vince, 15.05.2014 à 08h51   | Citer